Covid-19 : la perte d’odorat, un autre symptôme de la contamination par le coronavirus

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Depuis l’émergence du coronavirus SARS-CoV-2 couramment appelé Covid-19, il est bien connu que la maladie qu’il provoque est associée à des symptômes tels que de la fièvre, de la fatigue, des maux de tête et surtout une toux sèche pouvant évoluer en détresse respiratoire. Cependant, au mois de mars 2020, la progression de l’épidémie en Europe s’accompagne de la description de nouveaux signes cliniques tantôt digestifs (nausées et vomissements, diarrhées, anorexie), tantôt rhinologiques : l’anosmie, c’est-à-dire la perte totale ou partielle de l’odorat, s’avère constituer un symptôme fréquent du Covid-19. Depuis la fin de l’hiver, des médecins alertent en effet sur une apparente multiplication des cas d’anosmie en Europe, notamment en Allemagne et en Italie. En France, un groupe d’ORL et d’infectiologues émet ainsi le 20 mars une alerte notamment à destination des professionnels de la santé. 

Le 1er avril, les premiers résultats d’une étude épidémiologique européenne menée par des médecins de la Fédération internationale des sociétés d’ORL (Ifos) mettent en évidence un lien entre perte d’odorat et infection par le SARS-CoV-2. Si aucun virologue ou spécialiste de la biologie cellulaire n’a encore su expliquer le mécanisme qui conduit à la perte de l’odorat, les médecins tentent néanmoins d’adapter leurs pratiques au plus vite afin que tous les patients touchés par le Covid-19 puissent bénéficier des traitements les plus efficaces possibles, et ce sur tout le territoire.

Explosion du nombre de cas de perte d’odorat en France et dans le reste de l’Europe

« Je ne sais pas exactement quand j’ai perdu l’odorat, cependant, c’est arrivé suffisamment brutalement pour que je réalise d’un coup que ni les produits d’hygiène que j’utilisais, ni le café que je buvais habituellement n’avaient plus d’odeur », raconte Daniel, interne en médecine interrogé par Sciences et Avenir après qu’il a perdu l’odorat pendant 8 jours sans subir d’autres symptômes liés au coronavirus. Cette expérience troublante de défaillance de l’olfaction, des centaines voire des milliers de personnes pourraient, comme Daniel, l’avoir vécue en France depuis le début du mois de mars. « Je me suis levé une nuit pour boire car ma bouche était sèche. Quand je me suis réveillé le lendemain matin, je ne sentais plus aucune odeur », décrit ainsi Ibrahim, quant à lui diagnostiqué par son médecin comme atteint de Covid-19. C’est que la prévalence (nombre de cas) de l’anosmie, habituellement faible et associée à des maladies d’origine infectieuse telles que des rhumes ou des sinusites, à des traumatismes crânio-faciaux ou à des troubles neurologiques rares, explose depuis le milieu du mois de mars 2020. « Alors qu’habituellement, seul un rhume sur 400 environ provoque une perte d’odorat prolongée, le 19 mars, l’Hôtel Dieu, a reçu en une seule journée plus de 70 appels pour anosmie », révèle le Professeur Dominique Salmon-Ceron, infectiologue exerçant à Paris. Ces anosmies sont par ailleurs différentes de celles jusqu’alors présentées par des patients très enrhumés : « il s’agit d’anosmies brutales, souvent isolées », décrit le 

Docteur Alain Corré, ORL à la Fondation Rotschild qui a contribué à lancer l’alerte. Elles surviennent parfois 3 à 4 jours après un rhume léger et souvent sans obstruction nasale notable. « Pour ma part, je n’ai même présenté aucun signe de rhume avant ou après la perte d’odorat, raconte Daniel : mon nez était totalement libre, je ne percevais aucun écoulement dans ma gorge ». Et au regard de la charge virale importante mesurée chez la grande majorité des patients anosmiques de l’Hôtel Dieu, cette forte augmentation du nombre de cas de perte d’odorat est liée à la progression du coronavirus SARS-CoV-2 sur le territoire. « De nombreux cas de Covid-19 pourraient associer des pertes d’odorat, voire se révéler par une anosmie partielle ou complète telle que de nombreux patients ont l’impression d’avoir également perdu le goût », avançait dès le 20 mars le professeur d’infectiologie. « Je pouvais encore percevoir le sucré, le salé, l’amer, l’acide et l’umami, mais sans aucune nuance », précise Daniel. « A la partie supérieure de chaque fosse nasale, il existe une ‘fente olfactive’ de moins d’1 mm de large, recouverte de cellules muqueuses et de fins récepteurs neuronaux », explique à Sciences et Avenir le Docteur Corré. Ces récepteurs, en traversant l’os qui forme le toit des fosses nasales par d’étroits orifices, rejoint une structure nerveuse, le bulbe olfactif, relié à d’autres zones de l’encéphale dites associatives permettant l’interprétation de l’information sensorielle. Tous ces éléments permettent ensemble que des molécules volatiles puissent être reconnues comme autant de parfums : la défaillance d’une de ces structures provoque une défaillance de l’odorat. La fente et le bulbe olfactifs ont également un rôle important dans la perception des saveurs. « Lorsqu’on mange, les papilles gustatives ne sont en fait capables de percevoir que 6 saveurs primaires : le sucré, le salé, l’acide, l’amer, le glutamate, et l’insapidité (absence de saveur) », indique l’ORL. Le reste des arômes, associés à des molécules volatiles, sont détectées par les récepteurs de l’olfaction lorsque ces composés remontent dans le nez. Et les malades français tels que Daniel ou Ibrahim ne sont pas les seuls patients à présenter ces symptômes. 

Partout dans le monde, ces signes cliniques sont décrits. Un virologue allemand, Henrik Streeck, a ainsi révélé le 17 mars dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung que deux tiers de ses patients atteints par une forme non sévère de Covid-19 présenteraient des signes d’anosmie pendant plusieurs jours. D’après un communiqué de la British Rhinological Society publié le 21 mars 2020, de nombreux cas d’anosmie ou d’hyposmie ont également été rapportés notamment en Italie, en Iran, en Italie et en Corée du Sud, où environ 30% des patients positifs au SARS-CoV-2 présenteraient l’anosmie comme principal symptôme de Covid-19. « J’ai personnellement vu quatre patients cette semaine, tous âgés de moins de 40 ans, et par ailleurs asymptomatiques à l’exception de ce récent début d’anosmie – [ce chiffre est hors normes dans la mesure où] habituellement, je ne vois pas plus d’un patient anosmique par mois », révèle la Présidente de la société savante britannique dans ce communiqué. « Je ne peux m’empêcher de penser que ces patients ont pu jusqu’à maintenant porter silencieusement le virus et faciliter la propagation rapide de COVID-19 », ajoute-t-elle. C’est pourquoi un ensemble de médecins français s’est empressé de publier dès le milieu du mois de mars une alerte visant à adapter au plus vite la prise en charge de ces patients anosmiques non éligibles aux tests de diagnostic et souvent traités par des anti-inflammatoires. Depuis la publication de cette alerte, le lien entre pertes d’odorat et Covid-19 a été mis en évidence. En effet, le 1er avril, des médecins de l’Ifop publient les résultats d’une étude menée sur une cohorte de 417 patients. D’après cette étude, 86% des patients infectés présentent des troubles partiels ou complets de l’odorat et 88% des troubles partiels ou complets du goût. « Ces troubles de l’odorat surviennent soit avant l’apparition des symptômes (généraux et ORL) (dans 12% des cas), soit pendant (65% des cas) ou soit après (23% des cas) », précisent par ailleurs les auteurs de ce travail par communiqué. D’après cette enquête, ce signe toucherait par ailleurs plus les femmes que les hommes (63% des patients ayant rapporté une anosmie aux auteurs de l’investigation étaient des femmes). Dans tous les cas, les ORL de l’Ifop recommandent de considérer tout patient présentant une anosmie comme potentiellement infecté par le SARS-CoV-2. 

Confinement strict sans anti-inflammatoires

Dans leur alerte transmise le 20 mars notamment aux ORL et infectiologues français, à Santé Publique France et à l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP), le 

Professeur Salmon-Ceron, le Docteur Corré et leurs confrères recommandent aux patients anosmiques d’appliquer rigoureusement les gestes barrières ainsi que des mesures de confinement tout en surveillant l’éventuelle apparition d’autres symptômes évocateurs du Covid-19 (fièvre, toux, troubles respiratoires : ne contacter son médecin, un numéro vert ou le 15 qu’en cas de gêne respiratoire). « Nous déconseillons aussi aux médecins de prescrire des corticoïdes sous forme de comprimés ou de sprays nasaux : ces médicaments anti-inflammatoires, pourraient aggraver l’évolution de l’infection par le SARS-CoV-2 », explique l’infectiologue. Les lavages de nez pourraient également favoriser la dissémination du virus le long des voies aériennes. 

L’alerte préconise donc aux médecins de ne pas en conseiller. « Selon les données préliminaires dont nous disposons, l’évolution naturelle des anosmies aiguës liées au COVID-19 semble souvent favorable », rassurent les 9 signataires de l’alerte après formulation de leurs recommandations : la plupart des patients anosmiques aurait jusqu’à maintenant retrouvé rapidement et au moins partiellement l’odorat. Dans leur étude, les ORL de l’Ifop rapportent que 44% des patients retrouveraient leur odorat dans les 15 jours. « Dans mon cas, l’anosmie a duré 8 jours, puis mon odorat est revenu progressivement au cours d’une période de 3 jours », rapporte Daniel. Pour ceux chez qui ce symptôme ne régresserait pas, les ORL français préconisent toutefois de s’exercer à percevoir des odeurs fortes (clou de girofle, vanille, café, coriandre, lavande, etc.) avant de consulter un spécialiste.

Des études complémentaires s’avèrent nécessaires

L’alerte des médecins français visait à donner des recommandations dans une situation d’urgence. Des études ont cependant être menées dans un second temps afin de justifier et éventuellement de corriger les recommandations transmises par cette voie. Des recherches épidémiologiques telles que celle des ORL de l’Ifop ont d’abord été menées afin de mettre clairement en évidence le lien entre ansomie et Covid-19. Ces études doivent d’abord être poursuites afin de mieux évaluer la prévalence (nombre de cas) de ce symptôme. Ainsi, l’anosmie pourra être utilisée comme critère de dépistage afin d’aider les médecins à mieux identifier les patients peu symptomatiques, explique la British Rhinological Society. « La perte d’odorat brutale et isolée sans obstrucion nasale constituerait ainsi un signe pathognomonique du Covid-19, qui permettrait à coup sûr d’identifier les patients infectés par le SARS-CoV-2 », souligne le Docteur Corré. C’est que la plupart des signes décrits et associés aux 

Covid-19 sont très peu spécifiques et rendent son diagnostic clinique difficile, même si le tableau de la maladie apparaît jour après jour un peu plus caractéristiques. Une étude parue le 27 février dans The Lancet a ainsi précisé que sur un échantillon de plus de 100 patients hospitalisés en Chine au mois de janvier, 94% avaient de la fièvre pendant une durée médiane de 12 jours, 79% une toux pendant plus de 19 jours, 29% une tachypnée (augmentation de la fréquence respiratoire) et 23% une fatigue importante. Le 18 mars, une étude de l’American Journal of Gastro-Enterology a elle précisé que de nombreux patients pourraient également présenter des symptômes digestifs tels qu’une perte d’appétit, des diarrhées, et plus rarement des vomissements ou des douleurs abdominales. « Le premier symptôme que j’ai senti a été une toux profonde assez douloureuse qui s’est ensuite accompagnée de fièvre et de maux de tête. J’ai alors contacté mon médecin, qui m’a annoncé par téléconsultation que ces signes étaient probablement ceux du Covid-19. La maladie a alors continué d’évoluer dans les jours qui ont suivi cette téléconsultation : j’ai eu la bouche sèche, puis perdu l’odorat 6 à 7 jours après le début des symptômes. Depuis, j’ai très peu d’appétit et me sens de plus en plus essoufflé », raconte ainsi Ibrahim, qui semble présenter de nombreuses caractéristiques décrites dans les études les plus récentes. 

Enfin, des recherches pourraient préciser le mécanisme physiopathologique conduisant à l’anosmie. « La perte d’odorat pourrait être liée à la réplication importante du virus dans les fosses nasales », imagine le Professeur Salmon-Ceron. « En se multipliant dans les cellules muqueuses de la fente olfactive, le SARS-CoV-2 pourrait créer une inflammation, un œdème qui, en rétrécissant la fente olfactive, entraverait la transmission du message olfactif et la perception normale des odeurs », précise le Docteur Corré. Cette hypothèse, qui semble la plus probable au regard de la récupération rapide de la plupart des patients, doit cependant être vérifiée, au même titre que celle avancée par des virologues chinois et pakistanais dans deux études parues dans le Journal of Medical Virology et dans le Journal of Chemical Neuroscience. 

Ces chercheurs suggèrent en effet que le mécanisme menant à la perte d’odorat pourrait être neurologique : le virus, à partir des fosses nasales, pourrait migrer via les nerfs olfactifs vers certaines zones l’encéphale dédiées au traitement des informations olfactives et peut-être également au contrôle de la respiration. « Les désordres neurologiques étant relativement longs à guérir du fait de la lente repousse des neurones, cette conjecture pourrait expliquer les cas d’anosmie persistante », explique l’ORL. « En fait, le mécanisme physiopathologique conduisant à la perte de l’odorat pourrait être mixte : lié à la fois à une inflammation pour les cas récupérant rapidement et à une atteinte neurologique pour les cas plus prolongés », ajoute-t-il. Mais il s’agit d’hypothèses qui nécessitent d’autres investigations pour être vérifiées. Enfin, des études complémentaires telles que celles menées par les ORL de l’Ifop doivent également s’intéresser au traitement des patients anosmiques : la perte d’un sens tel que l’odorat doit être prise en charge, en particulier si elle se prolonge. Aussi, des stratégies thérapeutiques sont en cours d’élaboration à Paris, éventuellement par intégration de patients anosmiques à des protocoles d’essais de médicaments potentiellement actifs contre le SARS-CoV-2 afin qu’ils puissent à terme être soignés au mieux dès l’apparition de leurs symptômes. « Et ce d’autant plus que cette période pourrait être cruciale pour la guérison des patients », insiste le Docteur Corré. Ces recherches apparaissent ainsi particulièrement importantes pour les patients chez qui ce signe clinique persiste plus de dix jours : il faut que ces malades puissent retrouver rapidement leur sens. « L’anosmie n’est pas un symptôme à considérer à la légère », souligne le Professeur Salmon-Ceron. Epidémie de Covid-19 ou pas, toute perte durable d’odorat doit en effet conduire à une consultation avec un spécialiste.

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